Scopéli, premier supermarché coopératif, près de Nantes

Consommer mieux et moins cher, telle est la volonté de Scopéli, le projet de supermarché coopératif et participatif qui doit ouvrir ses portes début 2018, à Rezé. Ici, on ne parle pas de « client », mais de « consommateur ». Celui-ci sera copropriétaire du supermarché (en achetant une part du capital) et y consacrera trois heures par mois (pour alléger les frais de fonctionnement). Ce système coopératif permettra de réduire le coût des produits de 15 à 30%.

Entretien avec Frédéric Ratouit, un des cofondateurs de Scopéli.

Comment a débuté l’aventure Scopéli?

L’association Scopéli existe depuis mars 2016. Au début, on s’est appuyé sur les cotisations des membres (10 euros par foyer) et, début 2017, une campagne de crowdfunding, sur la plateforme Zeste, a permis de réunir les 30000 € nécessaires au lancement financier du projet. Le supermarché – 1200 mètres carrés à Rezé, au sud de Nantes – devrait ouvrir début 2018. Le local appartient à Nantes Métropole qui nous soutient, il y a une vraie politique d’économie sociale et solidaire depuis quelques années sur l’agglomération.

Combien de membres actifs compte Scopéli?

Environ 250 personnes actives se voient régulièrement pour lancer le projet. Il y a différents groupes de travail qui s’activent pour dénicher le local, rencontrer les producteurs, gérer la communication, établir un plan de financement… Le projet est aussi porté par les 2000 coopérateurs  qui approuvent ce nouveau mode de consommation. Nous avons été influencés par l’histoire du supermarché coopératif Park Slope Food Coop qui existe depuis 40 ans, à New York. Tout cela est raconté dans le documentaire « Food Coop » de Tom Boothe.

Est-ce le supermarché de l’avenir?

Ce sera le supermarché d’un certain avenir… L’avenir en commun!  Mais il ne faut pas rêver: la grande distribution va toujours exister, elle se lance à fond dans la filière des produits bios. C’est bien, mais cela m’étonnerait que les grandes enseignes changent leur façon de faire avec les salariés, et puis ce sera du bio du bout du monde… Nous, on cherche à vendre des produits de proximité. On est dans une démarche locale.

Rencontrez-vous des producteurs locaux?

Oui, on en a déjà rencontrés 120. Certains travaillent déjà en AMAP, en vente directe, ou avec La Ruche qui dit Oui! On voit avec eux comment on peut travailler ensemble et leur faciliter la vie, par exemple en faisant des tournées pour récupérer leurs produits, ou en faisant des partenariats à moyen ou long terme… On sera dans une démarche dynamique de recherche constante de nouveaux producteurs.

La production locale est-elle suffisante?

Non, la qualité est là, mais la quantité fait défaut! Les produits issus du maraîchage et le fromage risquent de manquer. Nous encourageons, avec notre modèle, les installations et les conversions au bio. Nous sommes en veille avec de jeunes agriculteurs, mais le temps de s’installer, cela demande deux à trois ans… Scopéli pourra être, pour eux, un débouché durable. Le but, c’est qu’ils soient rémunérés justement.

Seront-ils dans la gouvernance de Scopéli?

Non. On a besoin des producteurs, mais seuls les consommateurs sont copropriétaires du magasin, en prenant des parts de capital de la coopérative. Ce sont eux qui pilotent Scopéli. Les coopératives de consommateurs existent depuis la fin du XIXème siècle, ce n’est pas nouveau. La nouveauté, c’est qu’on leur demande une participation active de 3 heures par mois, pour tenir la caisse, assurer les livraisons, remplir les rayons… Il faut entre 2000 et 3000 coopérateurs pour arriver à l’équilibre économique de notre modèle.

A quand l’ouverture de Scopéli?

On espère que le magasin ouvrira début 2018. Malheureusement, on ne maîtrise pas tous les aléas. Les consommateurs-coopérateurs doivent être motivés sur le long terme, car le projet demande du temps. Il faut remettre les gens dans une logique « je participe », plutôt que « je paye et j’ai droit ».

Quel est le profil type des coopérateurs?

La moyenne d’âge est de 44 ans, on a des jeunes, des retraités, des actifs, des chômeurs…

Pensez-vous créer de l’emploi?

On vise un poste à temps plein pour 400 coopérateurs, soit 5 postes créés au démarrage. On espère aussi créer des emplois indirects, du côté des producteurs, en leur donnant des garanties à long terme pour écouler leurs produits. A ce jour, il existe une vingtaine de projets similaires, plus ou moins aboutis, sur le territoire français. C’est très encourageant!

Plus d’infos : Venez découvrir la Table ronde du Nantes Food Forum « Payer moins cher, est-ce vraiment moins cher?« 

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