Le bien-être animal en question

Florence Burgat, bien qu’ayant arrêté de manger de la viande depuis plus de 30 ans, est en bonne santé ! Philosophe et directrice de recherche à l’Institut national de la recherche agronomique (Inra), elle sera l’une de nos invitées au Nantes Food Forum pour nous parler du bien-être animal.

Ça commence plutôt avec drôlerie quand on parle d’un autre invité du Nantes Food Forum bien connu des chercheurs : Mark Post, qui viendra présenter son steak fabriqué in vitro lors de la conférence Demain dans nos assiettes. « J’ai trouvé un nom pour son produit : viande fraiche ! » On peut donc être chercheuse, végétarienne récemment passée végétalienne et avoir de l’humour !

Bien-être animal

Florence Burgat est entrée comme tout le monde dans la nouvelle aire médiatique du bien-être animal. « C’est vrai qu’il y a quinze-vingt ans, quand nous autres chercheurs évoquions le sujet de la condition animale, nous ne suscitions que des ricanements. » Et puis le lanceur d’alerte L214 qui a publié en 2016 quelques vidéos chocs tournées dans des abattoirs et que chacune a été vue par près de deux millions de personnes, la donne a soudain changé. « La Une du Monde a constitué à mes yeux un événement médiatique. » souligne Florence Burgat. « Dans le “monde académique“, le tournant s’était produit : les unes après les autres, les universités organisaient des colloques sur la question, et « l’animal » fut en 2012 le thème du concours de l’agrégation externe de philosophie. »

Manger moins de viande

Donc, notre rapport aux animaux change et le fait que dans un récent sondage plus de 50% de français affirment manger moins de viande en est un signe. « Il faudrait voir sur un terme plus long si une baisse réelle se confirme, car beaucoup affirment manger moins de viande, sans s’apercevoir que la tranche de jambon ou de saucisson est aussi de la viande ! Trois millions d’animaux sont abattus quotidiennement en France, et c’est ce que l’on cautionne, qu’on le veuille ou non, en mangeant de la viande. Il est probable que bien des gens n’envisagent pas de devenir végétariens parce qu’ils se disent que leur effort n’épargnera directement aucun animal et qu’il faudrait donc une action collective. Par faiblesse de la volonté, par passivité, par égoïsme, ils suivent le mouvement général.»

Paradoxe

Mais comment en est-on arrivé là ? « Grâce aux efforts conjugués des recherches physiologiques, génétiques, zootechniques, les capacités de production des animaux ont été décuplées et des races ont été façonnées en vue de fins très précises (augmentation de la masse musculaire, de la ponte, etc.) Si rares sont ceux qui osent aujourd’hui défendre les modes d’élevage industriel, il est cependant le seul à pouvoir répondre à une demande pléthorique et exponentielle. Ceux qui réclament d’autres conditions de vie et de mise à mort pour les animaux doivent admettre que cela implique une baisse considérable des produits carnées, qui deviendront exceptionnels. Par ailleurs, un élevage soucieux des animaux rend leur mise à mort, préméditée, plus problématique : pourquoi tuer ces êtres que l’on rend “heureux“, et auxquels on reconnaît une vie sensible ? Le paradoxe s’approfondit alors. »

Pourtant, si Florence Burgat n’est pas franchement optimiste sur la bonté intrinsèque de l’homme, elle croit à des mouvements sociétaux de fond dans l’alimentation. « Les choses évoluent, le modèle s’essouffle et l’humanité va devoir changer ses modes d’alimentation. La consommation de protéines animales mondiale devra être remplacée par des protéines végétales. »

Retrouvez Florence Burgat au Nantes Food Forum le 3 juin prochain dans la table ronde Le bien-être animal, ça sert à quoi?.

 

 

Voir toutes
les actualités